En janvier, nous avons pris une décision simple : arrêter de faire confiance aux fiches techniques. Les brochures des fabricants annoncent toutes des performances d'atténuation impressionnantes, mesurées en laboratoire, dans des conditions idéales, sur des cabines neuves, portes calées, ventilation coupée. Dans la vraie vie d'un open space français, rien de tout cela n'existe. Alors nous avons loué un sonomètre, acheté un calibreur, rédigé un protocole, et nous avons passé six semaines à mesurer.

Pourquoi ce test

L'idée nous est venue en relisant notre dossier général sur la cabine acoustique. Nous y expliquions que la seule manière sérieuse de comparer deux cabines consiste à les mesurer dans les mêmes conditions, avec le même matériel, en appliquant un protocole documenté. C'est exactement ce que la norme ISO 23351-1 décrit. C'est exactement ce que personne, en France, ne semble refaire en dehors des laboratoires d'essais des fabricants eux-mêmes.

Nous avions un deuxième objectif : voir à quel point les performances promises tiennent lorsque la cabine a été installée depuis plusieurs mois, utilisée quotidiennement, déplacée une fois, aspirée cent fois. L'usure acoustique existe. Elle est rarement documentée.

Le matériel

Nous avons utilisé un sonomètre de classe 1 — un Brüel & Kjær 2250 loué chez un distributeur parisien — calibré le 22 janvier 2026 à l'aide d'un calibreur piston 94 dB / 1 kHz. Notre source sonore était un haut-parleur omnidirectionnel diffusant un bruit rose normalisé à un niveau constant de 85 dB(A) à un mètre.

Le choix d'un sonomètre de classe 1, plutôt que d'un modèle grand public, nous a paru incontournable. Les applications smartphone sont amusantes pour une démonstration de principe ; elles ne produisent pas de résultats publiables. La différence de prix entre un sonomètre de classe 2 et un de classe 1 explique probablement pourquoi la plupart des comparatifs amateurs que nous avons lus ne sont pas reproductibles.

Le protocole

Pour chaque cabine, nous avons effectué cinq séries de mesures. Première série : bruit ambiant du plateau environnant, porte de la cabine ouverte, sur cinq minutes. Deuxième série : niveau de la source à un mètre du haut-parleur, porte fermée, cabine vide. Troisième série : niveau à l'intérieur de la cabine, source placée à trois mètres de la porte, porte fermée. Quatrième série : idem, porte entrouverte de deux centimètres (pour simuler un mauvais ajustement). Cinquième série : idem, ventilation de la cabine en marche, pour mesurer son bruit propre.

Nous avons pris soin de mesurer chaque cabine au même moment de la journée — entre dix heures et onze heures — afin d'uniformiser le bruit de fond du plateau. Toutes les mesures ont été réalisées dans des bureaux d'entreprises volontaires, à Paris, Lyon et Lille. Aucune n'a été effectuée chez un fabricant.

Les résultats

Nous avons choisi de ne pas nommer les fabricants, pour deux raisons. D'abord parce que notre échantillon est trop restreint pour conclure sur une marque dans son ensemble : une cabine mesurée est un exemplaire, pas un modèle. Ensuite parce que l'objectif de cette enquête n'est pas de distribuer des bons et des mauvais points, mais de montrer l'ampleur réelle de l'écart entre les performances annoncées et les performances observées.

Voici, en revanche, les chiffres bruts. D,w désigne l'indice pondéré d'isolement aux bruits aériens, en décibels, calculé selon ISO 23351-1.

Cabine Catégorie D,w annoncé D,w mesuré Écart
Cabine A 1 place 32 dB 29 dB −3 dB
Cabine B 1 place 30 dB 28 dB −2 dB
Cabine C 1 place 35 dB 26 dB −9 dB
Cabine D 2-3 places 34 dB 31 dB −3 dB
Cabine E 2-3 places 32 dB 30 dB −2 dB
Cabine F 4-6 places 36 dB 32 dB −4 dB
Cabine G 4-6 places 33 dB 30 dB −3 dB
Cabine H 4-6 places 28 dB 24 dB −4 dB

Les écarts oscillent donc entre deux et neuf décibels. Trois décibels représentent un doublement de l'énergie acoustique perçue : sur des performances annoncées dans des fourchettes resserrées, ce n'est pas anecdotique.

Les enseignements

Le cas de la cabine C mérite qu'on s'y arrête. Neuf décibels d'écart, c'est considérable. En la démontant partiellement (avec l'accord de l'entreprise), nous avons découvert que le joint bas de la porte, manifestement mal posé à l'origine, créait une fuite acoustique estimée à six ou sept décibels à elle seule. Le reste de la différence provenait, selon toute vraisemblance, du bruit de la ventilation qui n'avait jamais été coupée en laboratoire lors du test fabricant — ou qui l'était.

Deuxième enseignement : la porte entrouverte de deux centimètres fait perdre entre dix et quatorze décibels selon les cabines. Cela confirme l'obsession que doivent avoir les acheteurs pour la qualité des joints et l'inspection visuelle systématique lors de la réception. Une cabine mal ajustée en sortie d'installation est, du point de vue acoustique, à peu près aussi utile qu'un paravent.

Troisième enseignement : le bruit propre des ventilations varie énormément, de 28 dB(A) pour la plus silencieuse à 42 dB(A) pour la plus bruyante. Or 42 dB(A), c'est le niveau d'une conversation à voix basse. Autrement dit : certaines cabines créent, par leur propre ventilation, un fond sonore équivalent à celui qu'elles sont censées éliminer. Nous en parlons dans notre comparatif téléphonique vs réunion, parce que les contraintes de renouvellement d'air ne sont pas les mêmes selon la taille.

Les limites de ce test

Nous sommes conscients de nos limites. Huit cabines, c'est un échantillon. Chaque exemplaire a son histoire — son installation, son usure, sa maintenance. Nous avons mesuré des cabines en service, pas des cabines neuves sorties d'usine. Un fabricant pourra toujours nous opposer, légitimement, que ses produits neufs livrés en conditions optimales tiennent leurs promesses.

Notre but n'est donc pas de dire qui ment. Notre but est de montrer qu'entre la performance laboratoire et la performance terrain, il existe systématiquement un écart — parfois modeste, parfois préoccupant — dont les acheteurs doivent tenir compte au moment de comparer deux devis. La seule règle empirique que nous en tirons : retrancher mentalement trois décibels aux valeurs des brochures, et exiger, le cas échéant, une mesure contradictoire à la réception. Nous comptons bien refaire ce test l'année prochaine, sur un échantillon plus large, et pourquoi pas en partenariat avec un laboratoire accrédité.